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Pesticides: on peut s'en passer!

L'achat de pesticides et d'engrais chimiques pèse également lourd sur la situation économique des exploitations agricoles, placées dans une spirale de dépendance face aux grands groupes qui les produisent. Comme le montre l'organisme des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui tire la sonnette d'alarme, l'utilisation massive d'intrants chimiques appauvrit les sols ce qui incite à recourir à des doses toujours plus importantes [4].

Un très mauvais signal donné par le Sénat en ce début d'année sous la pression de l'agro-industrie

"L'agro-industrie, à l'instar du regroupement des céréaliers (ORAMA), fait pression pour une libéralisation accrue de l'usage des pesticides et la remise en cause du plan Ecophyto 2, sous prétexte de mettre fin aux « distorsions de concurrence » induites par l'interdiction de produits sur le sol français"[5].

Succombant à ces sirènes, le 22 janvier 2016, le Sénat a retiré du projet de loi sur la biodiversité l'interdiction des néonicotinoïdes, une classe de pesticides qui désoriente et tue les abeilles. Une décision irresponsable qui enterre une nouvelle fois le fameux principe de précaution.

La bio : une agriculture en pleine croissance et sans pesticides

Les 29 000 exploitations bio françaises font chaque jour la preuve qu'une agriculture sans pesticides et sans engrais chimiques est non seulement possible, mais qu'elle est porteuse de dynamisme économique et de création d'emplois alors que le chômage ne cesse d'augmenter.

Le marché des produits bio augmente en France de 10% par an et face à la crise structurelle de l'agriculture dite conventionnelle un nombre croissant d'exploitants change de modèle et passe au bio pour préserver leur activité en retrouvant de l'autonomie.

Les surfaces agricoles certifiées bio ont augmenté de 100% entre 2007 et 2014, année qui a connu une envolée des entrées en 1ère année de conversion bio (+36%). Sur fond de crise à répétition des prix agricoles, cette dynamique se poursuit et se renforce.

C'est à nous, consommateurs, d'accompagner cette transition agricole en achetant des produits bio et français. Au final, le prix du panier ne sera pas plus élevé si l'on considère le moindre impact environnemental et sanitaire et si l'on n'achète plus tout un tas de produits alimentaires néfastes et inutiles qui occupent la plupart des caddies.

Pour un réveil des élus et de la grande distribution

La FNAB, soutenue par Greenpeace, demande au plus vite une réunion avec le Ministre de l'agriculture et l'ensemble des nouveaux vice-présidents des régions en charge de l'agriculture pour garantir le soutien financier aux très nombreux agriculteurs qui souhaitent se convertir à la bio. La Fédération demande également des moyens pour garantir l'accompagnement technique de ces producteurs et pour favoriser le développement de solutions alternatives aux pesticides de synthèse, avec un plan Ecophyto 2 enfin efficace.

Greenpeace demande de son côté à E. Leclerc et aux autres enseignes de la grande distribution française d'éliminer en priorité les pesticides les plus dangereux dans la production de notre alimentation. Ces acteurs doivent aussi soutenir les agriculteurs qui s'engagent à produire sans pesticides et être transparents vis-à-vis des consommateurs sur ces engagements.

Le lobby des pesticides fait front contre Cash Investigation

Tout le monde ne partage pas la vision pessimiste du documentaire de France 2. Ainsi, le Collectif Sauvons les Fruits et Légumes de France dénonce "une véritable caricature populiste" qui "oublie les vrais enjeux".

Ce rassemblement de producteurs de fruits et légumes souligne que "les produits phytosanitaires ne sont pas utilisés par plaisir par les producteurs mais sont là pour protéger les plantes et leurs fruits contre les maladies et ravageurs, qui représentent un risque bien réel. Sans eux, nos étalages seraient dégarnis. Les produits phytosanitaires protègent également les consommateurs contre des risques sanitaires (mycotoxines, bactéries, etc.) particulièrement dangereux et à l'origine de cas de mortalités." Il conclut : "Cash Investigation a sombré dans la caricature en oubliant de préciser que toutes les cultures, y compris bio, ont besoin de protection phytosanitaire. Il n'existe actuellement pas de production « sans pesticides », sauf dans l'imaginaire de ces journalistes."

L'Union des Industries de la Protection des Plantes (UIPP) réagit également : "Cash Investigation a omis d'indiquer les avancées de la recherche, de l'innovation, et les progrès réalisés par l'ensemble des acteurs de la filière : l'utilisation des produits a diminué de 45 % depuis la fin des années 1990, la toxicité a été divisée par 8, les trois quarts des produits présents à cette époque ne sont plus présents sur le marché. Dans un tel contexte, comment expliquer que les produits phyto seraient responsables d'une augmentation des maladies chez les plus jeunes ?" Cette question, naïve, trouve sa réponse dans la persistance des pesticides dans les milieux, pendant des décennies.

Pour répondre à cette fronde d'un autre temps, rappelons que de nombreuses fermes en production biologique n'utilisent absolument aucun traitement pour leurs cultures et personne ne meurt de faim ! Seulement, il faut accepter de privilégier la qualité à la quantité et rester à l'écoute de la nature...

Notes
  1. L'émission "Cash Investigation" consacrée aux pesticides et leurs dangers pour la santé peut être visionnée pendant quelques jours sur France 2 Replay.
  2. Sur ce dernier point, notons que la pollution de l'air affecte fortement le développement et la santé des enfants : autisme, cancer, QI...
  3. Etudes & documents du Commissariat Général au Développement Durable, n°136, décembre 2015.
  4. Rapport de la FAO sur l'état des sols dans le monde publié le 4 décembre 2015.
  5. Les producteurs d'Orama veulent être « libres d'entreprendre »
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