David Bergvinson, nouveau directeur de l’ICRISAT, et ancien responsable de l’initiative Digital Design for Agriculture à la fondation Gates, est convaincu que cette révolution Big data va transformer très rapidement l’agriculture dans les pays du Sud.
Le Mobile banking comme le système Mpesa de Safaricom au Kenya et d’autres pays d’Afrique de l’Est (un système répliqué maintenant en Inde) abaisse fortement le coût des transactions financières pour les paysans qui n’ont plus à aller en ville pour déposer leurs épargnes par exemple. Les innovations financières comme le warrantage [commercialisation en différé des céréales en collectif pour une négociation au meilleur prix, en collaboration avec une banque ou organisation de microfinance] , les bons (vouchers) électroniques pour l’achat d’intrants peuvent être échangés entre paysans, entre un paysan et un agrodealer ou sa coopérative. Au Nigeria, un e-portemonnaie (une plateforme de paiement via téléphone mobile) a permis de rendre la distribution d’engrais et semences subventionnés plus transparente et efficace, car les paysans ont directement contact avec les entreprises d’agrofourniture et le gouvernement peut tracer les transactions. Les possibilités sont multiples. Le mobile banking est d’ailleurs un bon exemple d’innovation du Sud qui est plus en avance qu’en Europe ou aux Etats Unis. En 2013, 70% des 81,8 millions de personnes dans le monde qui utilisaient les services de paiement par téléphonie mobile se trouvaient en Afrique Sub Saharienne. Orange vient aussi d’investir dans Afrimarket qui propose le service Cash to Goods notamment à la diaspora Africaine qui peut acheter des biens de la vie courante à la famille restée au pays, auprès d’un réseau de boutiques partenaires.
Les TIC permettent aussi de moderniser les services de conseil agricole aux paysans, sous-financés depuis des décennies dans les pays en voie de développement. En Inde, par exemple Green Phablet est un croisement entre téléphone mobile et tablette qui fonctionne comme un centre d’information agricole mobile qui donne au paysan des informations cruciales, en temps réel comme les prix du marché ou des alertes météo, avec des gains immédiats pour les fermes. Green Phablet est née d’un partenariat public-privé original entre ICRISAT, une compagnie de téléphonie mobile et une grande société coopérative agricole spécialisée dans les engrais. Déjà testée dans 3 Etats (40.000 abonnés fin 2014), elle a permis aussi de créer des emplois d’e-agents de conseil pour des jeunes et des femmes.
L’accès en ligne de modules de formations agricoles de qualité en Open Access [voir par exemple l’initiative One Agriculture One Science] ; l’amélioration de la collecte de données terrain dans le cadre des essais plein champ multi location pour les programmes de sélection variétale [l’enregistrement des données est plus rapide et le risque d’erreur est diminué d'un tiers, car on évite l’étape papier] sont d’autres pistes d’utilisation des TIC pour transformer l’agriculture.
Les technologies mobiles peuvent aider les paysans à avoir un accès plus équitable à l’information, aux marchés. Ce sont des technologies qui parlent aux jeunes, cela peut les aider à trouver un emploi comme e-agent de conseil agricole par exemple. Les femmes ne sont pas forcement en reste comme j’ai pu constate au Sud du Mali, même si le mobile est en majorité masculin pour le moment.
Il y a de multiples portes d’entrée pour que ces TIC servent au développement agricole dans les pays du Sud comme le montre le schéma ci-dessous (©Sam Dryden/Gates Foundation). Un domaine où il reste encore beaucoup à inventer, et où il faudra s’assurer que les plus vulnérables, les femmes aussi, puissent autant en profiter.
